2004-08-27 Posets

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Le tour du Posets en 4 jours

Date : du lundi 23 août au jeudi 26 août 2004

Benoît Degand
Fabrice Mendes
Bruno Dutailly
Michael Pujos (Bobbie)

C'est sous quelques gouttes de pluie et quelques coups de tonnerre retentissants en guise de comité d'accueil que nous arrivons à Biados en voiture, après 30 minutes de piste... interminables. Mais il en faut plus pour nous intimider et vers 16h30 nous traversons le pont et empruntons le sentier qui mène vers le lac D'es Millas. La montée s'effectue tranquillement et sans rencontrer âme qui vive ; la météo est assez incertaine mais pas franchement menaçante ; il fait bon et quelques pluies éparses viennent nous rafraîchir. Nous traversons un vallon avec un large torrent à sec et beaucoup d'arbres déracinés. Au lointain le ciel devient noir et se transforme rapidement, baigné d'une lumière vive un peu irréelle que l'on se presse de mettre sur la pellicule (virtuelle). Après nous être attardés à contempler le ciel, nous croisons un berger en train de regrouper ses moutons. Impressionnés, nous voyons ses deux chiens ramener prestement un groupe de moutons isolés, sans que le berger bouge d'un iota. Nous craignons qu'il ne mène son troupeau vers le lac pour la nuit mais nous sommes vites rassurés lorsque nous le voyons quitter le sentier vers une cabane inconnue.

Nous arrivons au lac vers 19h ou nous trouvons un bivouac de rêve juste à gauche du sentier; Nous profitons de l'éclaircie pour planter la tente et prendre un apéro bien mérité. La nuit il pleut par intermittence et l'orage gronde à plusieurs reprise. Nous survivons jusqu'au petit matin où...


...nous partons vers 9h30 en direction du col d'Eriste. Le sentier grimpe abruptement au dessus du lac pour atteindre des parois verticales qu'il longe ; nous voyons les voitures au loin. Le ciel est de plus en plus dégagé et un petit vent frais commence à souffler ; il ne s'arrêtera pas de la journée, annonciateur du beau temps qui s'installe pour les jours à venir. Nous parvenons au col vers midi après avoir traversé un petit vallon glaciaire désolé.

Nous descendons du col vers l'Ibon de Llardaneta ridé de vagues à cause du vent. Nous essayons tant bien que mal de trouver un coin à l'abri du vent pour manger ; vers 14h nous partons vers l'objectif de la journée : la montée au Posets. Nous cachons les sacs dans les rochers en contrebas de la Diente de Llardana qui culmine à un peu plus de 3000m.

La carte au 50000e nous induit en erreur et au lieu de suivre le sentier qui longe l'aiguille, nous montons vers une crête secondaire perpendiculaire au chemin principal de laquelle nous dominons l'Ibon Negro. Je décide de redescendre vers le bon sentier mais Bruno et Benoît souhaitent couper pour éviter de redescendre. Fabrice redescend à l’endroit où l’on a entreposé les sacs parce qu'il veut ménager ses genoux. Je retrouve Ben et Bruno 45 minutes plus tard sur le bon sentier, peu après avoir gravi le couloir dit de la " Rue Royale " – dénomination du sentier qui longe l’aiguille. Nous faisons une pause lorsque nous apercevons avec stupéfaction une quelconque idole en train de gambader sur la crête de l'aiguille du Llardana ! Naturellement les suppositions les plus folles fusent quant à la manière dont l'énergumène à atteint le sommet de l'aiguille et c'est sans la réponse que Ben et Bruno s’élancent vers le Posets, le long de la crête ; Je suis contraint d'abandonner avec regret car j'ai quelques douleurs aiguës dans la poitrine suite à l'effort soutenu de la montée et l'altitude...

Il est environ 17h lorsque tout le monde est enfin réuni aux sacs ; Ben et Bruno sont enthousiasmés par leur ascension - le deuxième sommet des Pyrénées ce n'est pas rien ! Il est temps de rejoindre l'Ibon de Grist où nous avons prévu de passer la nuit. La carte indique un sentier qui effectue la jonction entre le grand plateau en contrebas de la dent du Llardana et le lac de Grist ; nous ne le trouvons pas et coupons au jugé vers le vallon où se trouve le lac. Chacun d’entre nous prends une voie différente. Je descends trop bas ce qui m'oblige à remonter et c'est épuisé que j'arrive au lac vers 19h30. Nous trouvons sans trop de difficulté un emplacement pour accueillir nos deux tentes. La soirée est très fraîche et le vent persistant n'arrange pas les choses. Nous sommes témoins d'un magnifique coucher de soleil teintant les nuages filandreux d'un rose vif saisissant. La nuit est très calme, le ciel totalement dégagé, constellé d'étoiles, comme l’atteste une sortie de nuit pour des impératifs techniques.


C'est déjà le troisième jour ! Nous nous levons assez tard avec le soleil et partons vers le col de la Plana. La montée est très agréable, la vue sur tout le massif grandiose ; nous sommes frappés par l'immensité du lieu : au loin nous apercevons le col d'Eriste passé la veille, le Posets, et le refuge Angel Orus. Fabrice commence à avoir bien mal au genoux et traîne la patte tout au long de la montée. Après avoir contourné un magnifique petit lac aux eaux sombres en bas du col nous atteignons ce dernier vers midi - Ben et Bruno sont déjà là depuis au moins 20 minutes. Du col nous voyons une nouvelle vallée - la partie supérieure de la vallée de Batiziellas qui forme un cirque composé de crêtes aiguisées à l'aspect austère. A droite du col se dresse le d'Es Corbets un sommet dépassant de peu les 2900m et dont la voie d'accès à partir du col serpente à travers des éboulis. Vers le centre du cirque trône l'aiguille de Perrano qui se révèlera être nettement plus impressionnante au fur et à mesure de notre descente vers les lacs du même nom.

Nous nous dirigeons vers l'aiguille de Perrano et mangeons à l'ombre, adossés à une paroi en pierre verticale de quelques mètres de hauteur, près d'un petit lac à proximité de l'aiguille dont le sommet semble relativement accessible. Au loin, nous apercevons le massif de l'Aneto / Maladeta et en direction de la France, ce que l'on croit être le Perdiguère.

Fabrice ayant de plus en plus mal au genoux, il est décidé d'écourter son calvaire : deux chemins descendent vers la partie inférieure de la vallée de Batiziellas : le premier , le plus court, passe à l'ouest de l'aiguille de Perrano. Le deuxième, contourne l'aiguille par l'est en passant par les lacs de Perrano. Il est convenu de s'attendre à l'endroit où se rejoignent les deux sentiers sur la carte...

Nous descendons de notre coté et attendons Fabrice là où nous croyons que se trouve l'intersection. Il est déjà 17h15 et cela fait au moins 1h que nous l'attendons lorsque Ben et Bruno se lancent à sa recherche en remontant le sentier ouest dans des éboulis malcommodes sur au moins 150m de dénivelé. Arrivés en haut ils s'aperçoivent que le sentier ouest se divise en deux sentiers: l'un descendant là ou j'attends et l'autre descendant vers l'Ibonet de Batiziellas. Ils empruntent cette deuxième voie et retrouvent rapidement Fabrice qui nous attendait. Une fois de plus la carte espagnole nous à joué un tour !! Inquiet, c'est vers 18h45 que je vois les deux pisteurs arriver par en bas - le dernier endroit où je m'attendais les voir arriver puisqu'il étaient partis en haut ! Ils ont en réalité réalisé un circuit pour revenir chercher les sacs. Rassurés nous descendons (redescente pour certains!!!) dans la forêt vers le bas de la vallée et nous plantons la tente dans une magnifique prairie, vaste et parsemée d'arbres le long du torrent - un endroit très bucolique. Du campement, nous voyons l'aiguille de Perrano qui s’érige majestuesement au dessus de la forêt, avec peu de sommets pour lui voler la vedette. A proximité une cabane est flanquée sur une butte herbeuse. Cabane est un bien grand mot : il s'agit plutôt d'un abri tubulaire en tôle verdâtre pouvant accueillir 2 personnes (3 au maximum) mais tout de même pourvue d'une cheminée. La région des lacs de Perrano mérite le détour pour sa beauté, son coté un peu sauvage et préservé.


La nuit se passe sans encombre et… …nous nous levons sous un soleil radieux ! Ce matin le réveil est plus matinal que d’habitude : pour la première fois depuis 3 jours nous avons mis le réveil car aujourd’hui la route va être longue…très longue. C’est le dernier jour et nous sommes à la plus grande distance des voitures de tout le circuit ! En général on s’arrange pour que la dernière journée soit courte, ça ne sera pas le cas cette fois. Du fait de l’état physique de Fabrice il a été décidé la veille de scinder le groupe en deux sans que les groupes s’attendent : Bruno et Benoît partent de leur côté vers 8h30 - nous nous mettons en route avec Fabrice un quart d’heure plus tard.

L’objectif de la matinée est d’atteindre le refuge d’Estos par le sentier horizontal partant de Perrano, sans redescendre dans la vallée. Le sentier débute dans la foret entrecoupée par quelques clairières ci et là et se poursuit longuement à flanc de montagne jusqu'à Estos. La journée est magnifique, le ciel d’un bleu limpide digne des belles journées d’hiver, et le fond de l’air un peu frais calme les ardeurs du soleil. Nous avançons d’un pas lent – Fabrice a mal aux genoux et j’ai une ou deux ampoules dues à une nouvelle paire de chaussure – n’hésitant pas à faire régulièrement des pauses , autant pour nous reposer que pour admirer le paysage. Parlons en du paysage ! Ce sentier a ceci de fabuleux qu’il offre une vue privilégiée sur tout le massif frontière : de Clarabide au Perdiguère en passant par les pics du cirque du Portillon, et au loin probablement le pic de Sauvegarde vers Benasque (nous n’avons pu l’identifier avec certitude, même avec la carte).

Vers midi, après moult pauses et errances, nous arrivons enfin au refuge d’Estos. Alors que nous n’avions croisé que deux personnes jusqu'à maintenant, c’est heure de grande affluence à Estos : la petite terrasse du refuge est presque entièrement occupée par des espagnols. Nous nous restaurons à proximité du refuge en contemplant le paysage , splendide.

La journée s’annonce encore longue ; Fabrice est inquiet sur l’état de ses genoux et les 900m de descente qui nous attendent à partir du col de Gistain, mais il sait qu’il n’a pas le choix et qu’il faut bien rentrer. Je tente un pronostic sur l’heure d’arrivée aux voitures : je pense que nous les atteindrons vers 19h – Il est déjà 13h lorsque nous nous mettons en marche vers le col, après une courte sieste. Bien que l’on ait encore beaucoup de route il n’est pas prévu de se presser : on arrivera quand on arrivera et puis de toute façon la journée est incroyable alors autant en profiter ! Le sentier dégagé continue horizontalement dans la vallée d’Estos jusqu’à ce qu’il passe en dessous du pic de Clarabide où commencent réellement les 600m de dénivelé jusqu’au col. Nous montons vers ce que nous croyons être le col et qui se révèlera n’être qu’une mise en jambe vers le véritable col, alertant ci et là quelques marmottes. Nous croisons sur la droite un petit canyon relativement étroit et tortueux pourvu d’une cascade une centaine de mètres plus haut. Nous atteignons le faux col avec pour vue le fond de la vallée d’Estos, assez austère, dominé par le col de Gistain – la transition entre moyenne et haute montagne est net. Le sentier bien tracé qui mène au col serpente dans un pierrier géant descendant du cylindrique pic Royo à gauche. A courte distance, un petit groupe d’isards peu farouches fait pitance des maigres végétaux qui subsistent à cette altitude. Ils semblent nous narguer d’un air de dire " si vous vous approchez trop près on peut vous mettre un vent sans difficulté ! " - ce qui dans l’absolu est vrai.

Nous atteignons le col de Gistain vers 17h. Déjà 4h que nous sommes partis d’Estos ! Nous croisons un couple ayant la trentaine dont on apprend dans un mélange d’anglais, de français et d’allemand qu’il en sont a leur sixième et dernier jour. Le gars, très enthousiaste sur le fait que la journée est absolument merveilleuse ce qui est on ne plus juste, a l’air d’un aventurier sorti tout droit d’un bouquin de science fiction et la fille aussi avec sa coupe de cheveux roses.

Après avoir fini notre stock d’abricots secs, nous reprenons notre route vers Biados. Le sentier descend doucement , au soulagement de Fabrice qui jusque là tient le coup dopé de ce que l’on appelle communément " bonbons magiques " et qui ne sont en réalité que des anti-inflammatoire. En face de nous se dresse l’imposant Bachimale, dont l’une des parois coté français se voit affublée d’un petit névé. Nous observons pendant plusieurs minutes un spectacle fascinant : le coté français est très couvert, des nuages essayent de passer la frontière et débordent un peu coté espagnol, impitoyablement désagrégés !

Du côté des grands pâturages en dessous des pics d’Aygues Tortes et de la Madera, nous entendons un berger crier au loin – on suppose qu’il veut regrouper ses moutons. Non sans mal : c’est bientôt la débandade et plusieurs groupes de moutons partent dans des directions différentes : certain descendent, d’autre remontent dans la caillasse, là ou il n’y a rien.

Le sentier descend maintenant de manière plus prononcée en direction de la cabane de Anescruzes juchée sur un petit promontoire en dessous du massif pic Leschabres à la forme pyramidale. C’est à l’ombre que nous entamons la descente finale vers les voitures, à travers la vallée de Anescruzes. Le sentier quasiment horizontal nous livre une vue stupéfiante sur le cirque du massif du Posets, baigné par la lumière du soir. Nous arrivons enfin aux voiture à 20h (nous apprendrons plus tard que l’autre groupe est arrivé à 15h), épuisés mais heureux d’en avoir fini, après l’une des plus mémorable journées que j’ai vécu en montagne de par la diversité des paysages rencontrés et la météo exceptionnelle.

Du fait de l’heure tardive et de la fatigue nous avons passé la nuit à l’aire du Moudang voisine de quelques kilomètres de St Lary, à la belle étoile en ce qui me concerne et dans la voiture pour Fabrice. Avant cela il a fallu franchir les 45 minutes de piste cahoteuse de Biados à San Juan de Plan, de nuit , ce qui est une expérience en soi ! Nous avons été surpris de croiser au moins 4 véhicules et 1 tracteur sur cette piste du bout du monde…

Bobbie.



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