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Date: 14 et 15 août 2006
Participant: Michaël Pujos en solo
Après avoir fait une agréable pause déjeuner au bord du petit lac de Bonac sur Lez, je prends un auto-stoppeur à quelques kilomètre du départ d'Eylie (920m). L'individu, la trentaine, sportif et bronzé, est un solitaire qui fait la traversée complète des Pyrénées, de Hendaye à Banyuls via le GR10! On papote le temps du trajet et j'apprends qu'il en est à son 28ième jour de périple sans problème physique! Nos routes se séparent lorsqu'il remonte au lac d'Araing avec le plein de nourriture pour 3 ou 4 jours.
J'entame l'ascension vers la cabane d'Urets vers 14h sous un ciel gris mais pas menaçant. L'endroit a connu une époque minière comme l'attestent de nombreuses installations à l'abandon donnant au lieu un ambiance quelque peu sinistre. Peu après avoir suivi une gorge étroite dans laquelle serpente la Lez, je déboule dans un espèce de cirque plat au fond très raide dont le sommet m'est caché par les nuages. Je prends à gauche un sentier indiqué comme GR transfrontalier, balisé rouge et blanc. Le vrai GR10 reste bien en France.
À partir de maintenant la montée est vigoureuse mais régulière dans la forêt; le touriste se fait plus rare. Au bout d'une heure de montée mon genou gauche commence à faire mal, séquelle de la rude descente de l'Ardiden, une semaine auparavant.
Le ciel est ceint de gris rendant le décor assez terne et l'idée de camper dans le brouillard si la cabane d'Urets est occupée ne m'emballe pas trop! Peu avant d'arriver à la hauteur de la cabane de la Couméda (1606m) dans un décor champêtre où vaches et moutons se côtoient, je croise deux randonneurs qui descendent du col et qui spontanément m'apprennent qu'en Espagne il fait beau. Les nuages butent à la frontière, disent-ils! Incrédule au premier abord, je leur demande de répéter, pour enfin ne pas douter de la véracité de leurs dires. Quel intérêt auraient-ils à envoyer un pauvre solitaire à sa perte en Espagne ? Oh et puis en Espagne il fait toujours beau d'abord! Sauf quand il fait mauvais biensûr, mais comme il fait toujours beau...
Cette excellente nouvelle décuple mes forces et ma volonté : c'est décidé, j'irai bivouaquer en Espagne au lac de Montoliu que j'ai vu en photo et qui m'a semblé des plus accueillants. Le hic c'est que l'Espagne c'est encore loin : le col d'Urets était indiqué à 5h d'en bas. Pas grave, il est encore tôt et je n'ai que çà à faire : marcher jusqu'à ce que cacatoès s'en suive!
Je poursuis donc ragaillardi vers la cabane d'Urets après avoir appliqué un peu de pommade magique apaisante sur mon genou en vrac. Le sentier est toujours aussi bien balisé : impossible de se perdre; je croise des moutons qui m'ont l'air plus intelligents que la moyenne de leurs congénères. Certains sont les dignes descendants de leurs illustres géniteurs, ce qui ne les a pas empêché de parsemer nombre immondices le long du (merdique au sens premier) sentier.
Rapidement j'atteins le brouillard et n'y voit plus rien à 30m; encore un raidillon et la cabane d'Urets (1947m, 16h45) surgit, flanquée d'un ridicule lacquet dont il ne reste plus grand chose et d'un minuscule barrage dont on se demande l'utilité. Inspection de la cabane: c'est ouvert, avec des objets sur la table qui attestent qu'elle est occupée. J'ouvre la dépendance à coté et découvre un énorme garde-manger très bien rangé, de quoi tenir un siège de trois mois! Après une courte pause je repars dans le brouillard. Le sentier monte d'abord doucement dans ce qui semble être un fond de vallon affublé d'un torrent, puis ça recommence à grimper sérieusement. Ne pouvant pas prendre de photos, j'ai l'idée de faire régulièrement quelques petites vidéos pour illustrer cette aventure au milieu de nulle part, mais qui doit me conduire à la lumière.
Au bout d'une heure de montée depuis la cabane, je croise un couple qui me confirme que le soleil n'est pas loin. La montée est de plus en plus raide et interminable; décidément le panneau ne mentait pas sur la longueur pour atteindre ce fichu col! Tout à coup je franchis la limite des nuages et les cimes sont visibles pour la première fois ; c'est magique, les efforts enfin récompensés, d'autant plus que je commence à fatiguer sérieusement! C'est sous une magnifique mer de nuage et un petit soleil qui réchauffe le coeur que je termine difficilement la raide ascension finale jusqu'au port d'Urets (2512m). Ce n'est que le lendemain que je verrai ce que j'ai monté en aveugle: l'impressionnante combe d'Ur, cirque glaciaire abrupt entouré de hauts pics. J'ai dans l'idée que le sentier très escarpé qui franchi la frontière ici, ne doit son existence qu'à la présence de ruines des anciennes mines en contrebas du col, construites à même la paroi. Il ne manque plus que l'apparition de nains férus d'or ou de vilains orques belliqueux pour combler cet épique tableau très heroïc-fantasy!
Le côté espagnol est tout autre: le grand lac de Montoliu miroite au soleil quelques 200m plus bas, en dessous d'une barre rocheuse peu difficile mais qu'il faut franchir hors sentier. Les berges verdoyantes en contrebas semblent de rêve pour le voyageur fatigué, et j'ai hâte d'aller m'y installer !
Enfin, vers 18h45 c'est chose faite! Après avoir planté la tente juste au bord du lac, et fait lavance dans une eau si chaude qu'elle est extrêmement suspecte pour la boisson, je m'accorde enfin un moment de répit en profitant des derniers rayons du soleil en train de progressivement disparaître dans un V formé par 2 pics à l'ouest. Aucun voisin dans les parages, je suis absolument tout seul dans ce cadre sublime pour passer la soirée. Après un copieux dîner (sans soupe parce que je l'ai laissée à la voiture, quelque peu dépité à la découverte de ce fait), je pars revigoré en exploration à gauche du lac en remontant un peu pour trouver le soleil. Je découvre un filet d'eau alimente le lac et refais le plein. Vers 21h30 il est grand temps d'aller se coucher; je suis épuisé.
Lever vers 8h30 après une longue nuit. Les nuages ne sont pas loin sur l'Espagne alors qu'un ténu soleil domine coté français. Je décolle une heure plus tard, face à l'imposant Maubermé (2880m) que j'ai eu tout loisir d'observer la veille, pour rejoindre le sentier du port d'Urets qui rejoint horizontalement un petit col anonyme d'où part le sentier vers le sommet. J'atteins ce col vers 10h30 et discute avec un djeunz peu bavard qui attend ses parents à la traîne, pour aller faire le sommet. Ces gens sont partis a 6h du parking et ont déjà monté 1600m!
Je sors le topo qui évoque d'un sentier cairné peu avant le col. Je ne vois aucun cairn mais décide de m'élancer à leur recherche tout de même. Je n'en trouverai aucun et serai forcé de redescendre dépité 30 minutes plus tard: je ne suis pas sur le bon itinéraire, le mauvais temps arrive à grand pas et mon genou me fait très mal; il faut avouer que les conditions sont contre moi!
Redescendu au col le ciel devient de plus en plus chaotique avec un orage qui gronde au lointain; il commence à pluipluiter; je sais que je ne ferai pas le pic aujourd'hui.
Pour redescendre je dois faire une boucle en passant non loin de l'étang d'Araing. Je continue donc après le col et repère ce qui est très probablement le sentier qui mène au Maubermé. Trop tard. Je consulte les notes précises que j'ai prises sur le site de Philippe Queinnec pour la descente par ce coté. Je ne trouverai jamais avec exactitude le col de la Hourquette et les fameux cairns qui en descendent. Les éléments étant défavorables, je décide que je redescendrai par le même chemin qu'à l'aller. C'est mon genou plus que tout autre chose qui me fait prendre cette décision: il me faut impérativement un sentier bien tracé.
Vers midi donc je déjeune au Col d'Urets. Entre temps quelques éclaircies ont refait leur apparition et la pluie a disparu. Pour la première fois, du col mon regard embrasse tout ce que j'ai gravi la veille; et de l'impressionnante montée de la combe d'Ur au village d'Eylie 1600m plus bas!
L'accalmie est de courte durée; à peine en ai-je terminé avec le jambon que de menaçants nuages tout noirs franchissent la frontière à tout allure vers la France, poussés par je ne sais quel funeste génie. Je sais alors que d'ici cinq minutes il va pleuvoir, et je n'ai même pas le temps de terminer mon délicieux claquos, qu'il flotte à verse, la vallée subitement plongée dans la brume!
Je me remémore alors cette petite cavité creusée dans la roche, non loin du col, observée lors de la montée. La place est profonde de 2m, peut abriter deux personnes au maximum, creusée dans une roche très noire, probablement un vestige de l'exploitation minière. C'est de ce point de vue idéal que j'observe la pluie battante et les timides grondements; j'en profite pour redoper mon genou malade au nifluril car je sais que la descente va être très éprouvante.
Vingt minutes après l'averse est finie, le brouillard dissipé comme par enchantement, confirmant cette météo extrêmement chaotique et changeante. Je descends d'une traite vers la cabane d'Urets, salue ses occupants en train de se restaurer et m'accorde une consistante sieste bien méritée sur une moelleuse pelouse en contrebas du barrage. J'aurai même droit à quelques rayons de soleil avant que la pluie ne m'indique l'heure du départ.
Le reste de la descente se déroule sans incident; mon genou douloureux tient uniquement grâce à la pommade et me permet de progresser relativement vite, mais je sais qu'il y aura des séquelles!
Arrivé à la voiture à 17h sous la pluie; allez plus que 4h de route pour comater sur un confortable canapé ! Maubermé, "I'll be back !"
Auteur : Michaël Pujos.